Repérer les facteurs dits de « pénibilité » ne consiste pas seulement à vérifier l’ouverture de droits au C2P. L’employeur doit d’abord évaluer les expositions réelles, les inscrire dans sa démarche de prévention et agir à la source.

Quels sont les dix facteurs de risques professionnels ?
L’article L. 4161-1 du Code du travail regroupe dix facteurs en trois familles. Cette liste juridique ne remplace pas l’évaluation de l’ensemble des risques de l’entreprise : elle aide à identifier des expositions qui appellent une prévention et, selon les cas, des dispositifs particuliers.
Contraintes physiques marquées
- manutentions manuelles de charges ;
- postures pénibles, définies comme des positions forcées des articulations ;
- vibrations mécaniques.
Environnement physique agressif
- agents chimiques dangereux, poussières et fumées comprises ;
- milieu hyperbare ;
- températures extrêmes ;
- bruit.
Certains rythmes de travail
- travail de nuit ;
- équipes successives alternantes ;
- travail répétitif sous cadence contrainte.
Pourquoi ne faut-il pas réduire la prévention au C2P ?
Le C2P est un mécanisme de déclaration et de compensation. L’article L. 4163-1 vise six facteurs : milieu hyperbare, températures extrêmes, bruit, travail de nuit, équipes successives alternantes et travail répétitif. La déclaration intervient lorsque les conditions propres au dispositif sont réunies, notamment une exposition au-delà des seuils réglementaires appréciée après prise en compte des protections collectives et individuelles.
Les manutentions manuelles, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux ne donnent pas lieu à des points C2P. Ils ne disparaissent pas pour autant de la prévention : l’obligation générale de sécurité et l’évaluation des risques continuent de s’appliquer.
Comment repérer les expositions sans transformer l’analyse en simple inventaire ?
Le repérage doit partir des situations de travail réelles. Une visite de poste, des échanges avec les salariés et l’encadrement, l’analyse des horaires et des incidents apportent davantage qu’une case cochée sans contexte.
- Décrire l’activité réelle. Identifier les tâches, les aléas, les phases de réglage, de nettoyage, de maintenance et les variations de charge.
- Caractériser l’exposition. Préciser l’intensité, la durée, la fréquence, la répétitivité et le nombre de personnes concernées.
- Examiner les protections existantes. Distinguer les mesures collectives, l’organisation du travail, la formation et les équipements individuels.
- Recouper les informations. Utiliser les mesures disponibles, les données de santé au travail, les retours des équipes et, lorsqu’ils existent, les référentiels de branche pertinents.
- Hiérarchiser. Prioriser les situations qui combinent gravité potentielle, forte exposition ou protection insuffisante.
Quelles actions privilégier pour prévenir l’usure professionnelle ?
Les principes généraux de prévention de l’article L. 4121-2 conduisent à éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent pas l’être, les combattre à la source et donner la priorité aux protections collectives. Selon la situation, cela peut conduire à :
- modifier un procédé, un flux ou une implantation pour réduire l’exposition ;
- mécaniser une manutention ou diminuer le poids unitaire des charges ;
- isoler une source de bruit et organiser l’entretien des équipements ;
- adapter les cycles, les pauses, la rotation des tâches ou les effectifs ;
- former et informer les salariés sur les mesures retenues et leurs limites.
Une action pertinente doit être attribuée à un responsable, dotée d’une échéance et vérifiée après mise en œuvre. Le port d’un équipement individuel ne dispense jamais de rechercher une réduction à la source lorsque celle-ci est possible.
Que faut-il tracer dans le DUERP ?
L’article R. 4121-1 impose de transcrire et mettre à jour les résultats de l’évaluation des risques dans le document unique, par unité de travail. Pour les facteurs de l’article L. 4161-1, l’annexe du DUERP comporte également les données collectives utiles à l’évaluation des expositions individuelles et la proportion de salariés exposés au-delà des seuils réglementaires, selon l’article R. 4121-1-1.
La trace utile relie une situation de travail, les personnes exposées, les éléments d’évaluation, les mesures existantes et les actions décidées. Elle doit rester compréhensible et actualisable, plutôt que se limiter à recopier une liste réglementaire.
Questions fréquentes
Les dix facteurs donnent-ils tous des points C2P ?
Non. Six facteurs peuvent ouvrir des droits au C2P sous conditions. Les quatre autres restent toutefois des risques professionnels à évaluer et à prévenir.
Une exposition sous le seuil C2P peut-elle être ignorée ?
Non. Le seuil concerne le dispositif de déclaration et de compensation. L’évaluation et la prévention portent sur les risques professionnels, y compris lorsque le seuil C2P n’est pas atteint.
Le DUERP suffit-il à démontrer que le risque est maîtrisé ?
Non. Le document formalise l’évaluation et les actions, mais la maîtrise se vérifie dans les conditions réelles de travail et dans l’efficacité des mesures mises en œuvre.
Sources officielles consultées
- Code du travail, article L. 4161-1, version en vigueur consultée le 31 octobre 2026 : liste des dix facteurs de risques professionnels.
- Code du travail, article L. 4163-1, version en vigueur consultée le 31 octobre 2026 : facteurs déclarés au titre du C2P.
- Code du travail, articles L. 4121-1 à L. 4121-3, version en vigueur consultée le 31 octobre 2026 : obligation générale, principes de prévention et évaluation des risques.
- Code du travail, articles R. 4121-1 et R. 4121-1-1, version en vigueur consultée le 31 octobre 2026 : DUERP et données relatives aux expositions.
- INRS, « Pénibilité au travail : ce qu’il faut retenir », consulté le 31 octobre 2026 : synthèse de prévention et distinction entre dix facteurs et six facteurs C2P.
Fabien MARGUERITE